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Internet au Parlement – Mise à jour #2

Oct 14, 2013 | 0 commentaires

Same­di 28 sep­tembre 2013 j’ai publié sur Rue89 la tri­bune « Le Par­le­ment doit deve­nir le lieu cen­tral pour « gou­ver­ner avec Inter­net » », sui­vie d’une pre­mière mise à jour sur ce site. Ce billet est la deuxième mise à jour, où je tente de syn­thé­ti­ser et de com­prendre les cri­tiques qui ont été émises par cer­tains sur cette pro­po­si­tion de faire entrer Inter­net au Par­le­ment par la voie d’une com­mis­sion dédiée.

L’es­sen­tiel du « désac­cord » est assez bien résu­mé par ce tweet :

Sous réserve de ma bonne com­pré­hen­sion de l’i­dée de ceux qui ont échan­gé avec moi, et me détrom­pe­ront le cas échéant, il s’a­git là non pas de consi­dé­rer inter­net comme un outil, un ter­ri­toire, ou que sais-je encore, mais presque comme un nou­veau « sens » phy­sio­lo­gique, à la fois un et mul­tiple, qui s’im­po­se­rait peu à peu à l’hu­ma­ni­té et toute son orga­ni­sa­tion sociale dont il entraî­ne­ra, de fac­to et de façon irré­ver­sible, la trans­for­ma­tion. On pense intui­ti­ve­ment à la Gaïa d’I­saac Asi­mov.

C’est assez auda­cieux ! Dès lors, en inver­sant ma pro­po­si­tion ini­tiale, l’un de mes inter­lo­cu­teurs avance cette défi­ni­tion : « le Par­le­ment, c’est le lieu du par­ler, où l’on a déci­dé de se réunir. Exac­te­ment comme Inter­net. »

Le pari de la résilience

Fon­da­men­tale, cette dif­fé­rence d’ap­proche induit deux stra­té­gies contradictoires :

  • celle que j’ai pri­vi­lé­giée, qui consiste à ten­ter d’a­mé­lio­rer l’or­ga­ni­sa­tion ins­ti­tu­tion­nelle au nou­veau contexte qui résulte d’In­ter­net, ses détrac­teurs pour­ront en dire qu’il s’a­git d’un « cata­plasme sur une jambe de bois » ;
  • celle invo­quée par mes inter­lo­cu­teurs, qui consi­dèrent que l’ac­tuelle orga­ni­sa­tion ins­ti­tu­tion­nelle sera mise « hors jeu » petit à petit sous la pres­sion crois­sante d’un nombre de plus en grand d’in­di­vi­dus qui construisent, cha­cun à leur niveau, le futur envi­sa­gé. Bot­tom-up tout simplement.
La contra­dic­tion est claire : toute ten­ta­tive d’a­mé­lio­ra­tion n’au­rait d’autre effet que de retar­der la dis­pa­ri­tion du sys­tème, elle est en celà a mini­ma inutile, a maxi­ma dangereuse.

Il est, d’ailleurs, inté­res­sant de noter que la même logique pré­side aux débats sur le droit d’au­teur à l’heure d’in­ter­net. S’op­posent, d’une cer­taine façon, les par­ti­sans de son main­tien et de son évo­lu­tion, aux par­ti­sans de sa com­plète remise à plat, fon­dée sur l’in­vo­ca­tion de sa fina­li­té d’o­ri­gine, aujourd’­hui dévoyée.

En réa­li­té, en réponse aux dif­fé­rents pro­blèmes que j’ai cher­ché à résoudre avec ma pro­po­si­tion ini­tiale, mes inter­lo­cu­teurs font, eux, le pari de la rési­lience d’in­ter­net. Ils ont peut être raison.

Une par­ti­cu­la­ri­té propre à ce qui res­semble fort à un « cou­rant de pen­sée » est qu’il est en géné­ral, autant que je puisse en juger, por­té par ceux qui ont une pro­fonde expé­rience d’in­ter­net, autre­ment dit qui l’ont vu naître, évo­luer, et – de toute évi­dence – ont la convic­tion que ce qu’on en voit aujourd’­hui (réseaux sociaux, hyper concen­tra­tion de la recherche, etc.) ne sont que des ava­tars de ce qu’il sera demain. Et, si ma lec­ture est juste, je par­tage leur convic­tion et suis donc natu­rel­le­ment ten­té par leur faire cré­dit de leurs conclusions.

Code is law

Tout cela pour­rait paraître un doux rêve d’illu­mi­nés per­fu­sés à l’in­ter­net. Il n’en est rien, loin de là. Pour s’en convaincre il suf­fit de se remé­mo­rer l’ar­ticle fon­da­teur de Law­rence Les­sig « code is law » dont on trouve, grâce au pro­jet Fra­ma­lang, une excel­lente tra­duc­tion fran­çaise.

L’ar­ticle pose une véri­té qu’on a sou­vent ten­dance à oublier ou més­es­ti­mer : « La ques­tion n’est donc pas de savoir qui déci­de­ra de la manière dont le cybe­res­pace est régu­lé : ce seront les codeurs. La seule ques­tion est de savoir si nous aurons col­lec­ti­ve­ment un rôle dans leur choix – et donc dans la manière dont ces valeurs sont garan­ties – ou si nous lais­se­rons aux codeurs le soin de choi­sir nos valeurs à notre place ».

En contes­tant l’i­dée d’une com­mis­sion per­ma­nente inter­net au Par­le­ment, et en plai­dant impli­ci­te­ment pour une démo­cra­tie « bot­tom-up », mes contra­dic­teurs répondent clai­re­ment à cette ques­tion : oui, nous devons avoir col­lec­ti­ve­ment un rôle dans les choix des codeurs. Là est le parlement-internet.

L’ex­pé­rience nous montre que ce n’est pas de la science-fic­tion : com­bien de ten­ta­tives de « codes mal­veillants » voire intru­sifs, notam­ment en termes de don­nées per­son­nelles, ont échoué sous la pres­sion de la dénon­cia­tion des inter­nautes ? Bot­tom-up tou­jours. Pour ne même pas abor­der les ques­tions de Wiki­leaks ou, plus récem­ment, d’Edward Snow­den.

De là à ima­gi­ner que la fabrique de la Loi (qui était mon point de départ) puisse se faire de la même façon il n’y a – en effet – qu’un pas. Tout sim­ple­ment parce que la nature même du « besoin de Loi » est en train de chan­ger, en témoigne cette fameuse accu­mu­la­tion de textes rela­tifs à inter­net à laquelle je fai­sais référence.

On se prend à rêver d’un monde où il n’y a d’autre régu­la­tion que celle du code qui cir­cule par l’in­di­vi­du qui l’u­ti­lise. D’où, d’ailleurs, l’im­por­tance essen­tielle d’ap­prendre le code aux enfants et ce dès que pos­sible. Quelque chose que nous fai­sions avant en France, qui a dis­pa­ru mais semble reve­nir. Il était temps. Parce que c’est la connais­sance qui rend libre, et que, comme le dit l’un de mes contra­dic­teurs, « inter­net est un accé­lé­ra­teur de dif­fu­sion ».

Je me sou­viens d’une édi­tion d’Au­trans autour de 2006 ou un groupe de gamins cana­diens d’en­vi­ron 89 ans était venu mon­trer com­ment ils savaient, déjà, coder leur moteur de blog. A cette époque, en France, on fai­sait des « plans » pour expli­quer aux enfants du même âge com­ment uti­li­ser Word, Excel, Inter­net Explo­rer … Le jour et la nuit. Le code et le web.

Si je reste per­plexe face à cette « pers­pec­tive d’in­ter­net » que j’ai com­prise au tra­vers des inter­ven­tions de mes contra­dic­teurs, je les remer­cie d’a­voir pris le temps de les faire, parce qu’elles m’ont per­mis de remon­ter un peu plus loin dans ma propre connais­sance et ma propre mémoire d’in­ter­net, et d’é­lar­gir le péri­mètre de ma réflexion sur le sujet.

Pour aller plus loin :

  • Inter­net au Par­le­ment, tri­bune d’o­ri­gine publiée sur Rue89 et dans sa « ver­sion ori­gi­nale » ici
  • Inter­net au Par­le­ment, mise à jour #1
  • Fra­ma­lang, belle ini­tia­tive de tra­duc­tion col­la­bo­ra­tive, on se demande ce qu’ils attendent pour tra­duire Phi­lippe Aigrain 😉
  • Wiki­pe­dia, si vous ne contri­buez pas déjà n’hé­si­tez pas. Les petits ruis­seaux etc.

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